6

6
" La porte s' est refermée derrière toi.Sens-tu cette chaleur diffuse qui enveloppe ton corps? Ce parfum qui imprègne peu à peu ta peau et chasse cette désagréable odeur de soufre? Tu avais fini par ne plus sentir ce vent glacial qui gelait ton esprit, ce cocon hermétique qui emprisonnait tes membres...
Maintenant, tu vas pouvoir voler de tes propres ailes, prononcer les mots auxquels le démon t' a refusé jusque là.Vois-tu cet espace de liberté qui s' ouvre à toi?

Pendant de très longs mois pendant lesquels un mal s' est insinué en toi, accroché à ton être, déversant sa haine pour la transformer en une maladie dévastatrice, tu n' as eu comme seule lumière que le reflet de cet écran devant lequel des portes se sont ouvertes pour te happer et se refermer derrière toi.Tu as cru que ce monde virtuel pouvait te faire oublier celui, bien réel, de ta maladie...Le seul véritable cancer qu' il t' a fallut combattre jusqu' à ce jour fatidique ou tu as appris la présence de ce mal qui te rongeait, c' est celui d' une mère indigne qui jamais n' a eu le moindre sourire, le moindre mot, la moindre caresse pour sa fille.Comme un fait exprès, tu devais sans doute payer ta beauté exceptionnelle, cela se traduisant par des tourments perpétuels auxquels peu d' hommes ou de femmes auraient survécu...

Moi-même je me suis posé la question de savoir pour quelle raison je m' étais aussi facilement attaché à toi.Cela semblait si évident que toi et moi devions nous prendre par la main pour suivre ce sentier sinueux, que nous sommes partis sans nous soucier, sans nous interroger sur les difficultés que nous devrions rencontrer.Maintenant que te voilà libre de faire ce que bon te semble, je me propose de te guider, de t' apprendre, ou réapprendre ce qu' est l' amour.......Aujourd' Hui, je te fais la promesse de ne jamais plus te quitter..."


Maintenant je me souviens...........Après un instant d' incompréhension, lancé vers cette destinée inconnue, le sol s' est dérobé sous mes pieds pour me retrouver quelques mètres plus bas, dans une galerie souterraine sur le sol de laquelle j' ai perdu connaissance.Après m' être assuré de la bonne intégrité de mon corps, une simple bosse à l' arrière du crâne et un léger filet de sang coulant entre mes doigts, je me suis ressaisi afin de poursuivre ma quête vers ce but qu' il me semblait de plus en plus ardu d' atteindre...Devant moi, plongeant dans les entrailles de la terre, une galerie donc, aux murs humides se profilait.Au loin, à quelques dizaines de mètres de cette artère creusée par des siècles d' érosion, une lumière...

# Posté le mardi 26 septembre 2006 03:32

Modifié le mercredi 27 septembre 2006 04:21

7

7
Contrairement à mes premières impressions, le chemin sinueux vers lequel je me dirigeais était moins pentu qu' il n' y paraissait.Il faut dire qu' aucun point de repère ne me permettait de me faire une idée précise de ce qui m' entourait.Finalement, le seul détail qui m' aidait à comprendre que je m' enfonçais sous terre était cet équilibre instable permanent qui vous saisit lorsque vous tentez d' avoir une allure normale tout en descendant une cote. J' avais la sensation de m' enfoncer sans cesse plus profond dans un puits qui jamais ne devait connaître de fin dès lors que mon esprit, lui, retrouvait, reconstruisait par bribes un passé que je tentais de fuir à tout prix.Et pourtant, ces pièces du puzzle qui déjà se mettaient en place ne m' apportaient aucune explication quand aux raisons de ma fuite en avant...............ou de celle que, peut-être, je faisais en arrière.C'est vrai, rien ne m' assurait que ma course folle n' était pas un désir de reconnaissance...

"Cet endroit que tu visites régulièrement et qui pour toi est une prison de laquelle tu aimerais pouvoir te sauver, as-tu conscience de la nécessité d' y retourner à chaque fois.As-tu compris combien il est important pour toi d' accepter de vivre un peu différemment de ceux de ton âge? Eux, ils sortent le soir entre amis, vont danser le soir, sortent dans diffèrent endroits, dans des lieux qui ne te sont plus accessibles.Lorsqu' ils rient, toi, seule dans le noir, tu pleures.Lorsqu'ils crient à gorge déployée, ton souffle, lui, ne devient qu'un mince filet d' air que tes poumons expirent avec difficulté.Dehors, les lumières de la ville donnent un air de fête permanente alors que toi, seule, enfermée, emprisonnée dans ton corps tu vis comme reclue, cachant ce mal que tu portes comme une punition.Les autres, ceux du dehors pour lesquels tu n' existe pas, n' arrivent jamais à se contenter de ce qu' ils ont alors que pour toi, le moindre rayon de soleil, la moindre accalmie dans ta souffrance, le moindre chant d' oiseau est une raison de plus pour que tu te batte.Chaque jour pour toi est un éternel recommencement, chaque inspiration te rappelle combien ta santé est fragile alors que dehors on court, on respire les gaz d' échappement, on bois, parfois, on fume, souvent, sans jamais se soucier de sa propre santé car, la maladie, ça n' arrive qu' aux autres...Comme ces habitudes dont tu te passerais bien : médicaments, repos, prises de sang, chimio.....Un calvaire qui sans cesse se renouvelle et qui te détruit autant qu' il te guérit.Un mécanisme bien huilé.............."



..............Un peu comme ce bruit étrange qui se fait entendre à mes oreilles et qui n' a plus rien de naturel.Tout comme ces murs qui maintenant n'ont plus rien de l' apparence de ceux creusés pendant tant et tant d' années par l' érosion.La terre, son parfum, sa texture, a laissé place à une architecture complexe à l' odeur indéfinissable dans laquelle je ne reconnais aucune civilisation humaine...

# Posté le mercredi 27 septembre 2006 04:25

Modifié le mercredi 27 septembre 2006 04:36

8

8
"Lorsque le soleil s' est levé ce matin là, lorsque ses premiers rayons ont touché ta peau pour la réchauffer de ce givre qui la recouvrait des pieds à la tête, tes yeux noisette, ta bouche parfaite aux lèvres généreuses, ton petit nez enfantin, sont apparus devant moi et ont fini de me convaincre de ta pureté..."

...Comment définir cette sensation qui vous prends alors que tout semble définitivement perdu, qu' il n' y a plus un espoir pour vous de remonter la pente et qu' au moment même ou vous alliez baisser les bras, la sortie de secours vous fait face? Et bien c' est à peu de chose près ce que j'ai ressenti lorsqu' en sortant de cette galerie je me suis retrouvé face à une pièce immense que j' aurai pu prendre pour un hangar, un entrepôt que l' esprit fou d' un architecte en mal d' inspiration aurait construit dans sa tête avant de le concrétiser au grand dame des gens bien trop propres sur eux et pour le plaisir des amateur d' art dit "abstrait".
Ce qui me faisait face était un assemblage de pièces métalliques, de tubes en verre s' entremêlant dans une architecture complexe, comme si un plombier géant un peu dérangé avait perdu le mode d' emploi et avait assemblé ses pièces dans un grand délire novateur.J' étais bien incapable de dire à quelle hauteur était situé le plafond car de la position ou je me trouvais il était simplement invisible...

Un monde de fou qui, même s' il était bien diffèrent ressemblait quelque part à celui dont j' avais divorcé.Le sol lui-même semblait avoir été creusé dans une matière molle qui n' avait rien de noble, bien au contraire, j' avais la désagréable impression d' avoir pénétré dans un salon ou une orgie se serait déroulé et ou la nourriture aurait volé en tout sens pour aterrir sur un sol qui se serait très vite recouvert de matières organiques.Un long frisson démarra au bas de mon dos, se dispersant, pour aller mourir à chacune de mes extrémités.

Et ce bruit, toujours ce bruit, qui se répète, qui ne semble jamais vouloir faire silence dans cette grande pièce.Toujours ce cliquetis binaire qui résonne partout ou mes pieds se posent...


"Ce bip répétitif, tu l'as déjà entendu maintes fois, les résultats eux, on continue à te les cacher car même si ton esprit est vif et qu' il raisonne comme celui d' une femme mature, on a , je ne sais pourquoi décrété que tu ne devais pas les connaître.Bien sur, il y a ton âge.Déjà condamnée avant ta majorité, egraines-tu les heures qui passent? Et puis, c' est étrange tout de même.On te cache la vérité sur chacun des résultats alors qu' il y a maintenant dix mois, tu as su que tu étais malade, que tu étais condamnée?
J' ai mal d' en savoir plus que toi.Si seulement les nouvelles pouvaient être bonnes.Mais aujourd 'Hui j' ai su.J' ai appris que le mal s' étends, que ton dos maintenant est touché.Que ton corps si parfait de l' extérieur est rongé de l' intérieur.Aucune porte ne résiste à sa lente progression.Alors, j' entrevois la seule solution qui a mes yeux, même si elle a peu de chance d' aboutir, pourra me donner l' espoir de te voir vivre longtemps encore..."

# Posté le vendredi 29 septembre 2006 01:29

9

9
En fait de cliquetis, il s' agit plutôt, je ne le réalise que dès à présent, d' un battement, sourd et régulier semblant provenir des entrailles de la terre.Un coeur qui aurait des dimensions extraordinaires, le coeur d' un être formidable, tapi dans ce lieu ou l' homme n' aurait jamais, avant moi, mis les pieds...C'est étrange.Sans même pouvoir en apporter la preuve, j' ai la sensation de ne pas avoir affaire à un danger quelconque.Plutôt la sensation que mes pas m'ont porté jusqu' ici non pas pour me sauver mais plutôt pour venir en aide à quelqu' un.........ou quelque chose........

"Prendre un peu de ce mal qui te mine, qui fait de toi un petit être à part, voilà qui me semble être la solution, même si elle peut sembler bien futile au regard des risques que tu encours.Mais comment t' aider? Comment te venir en aide, moi qui suis si loin de toi, si ce n' est par le soutien moral, par ce fil d' ariane qui nous relie je l' espère définitivement.Sais-tu que depuis des semaines mon coeur et mon esprit souffrent pour toi? Que depuis quelques jours maintenant, ce sont mes poumons qui brûlent, comme si j' avais absorbé un peu du mal qui te ronge depuis maintenant trop longtemps? Je me dis que plus je souffre et plus tes nuits seront calmes.Maintenant, je te l' avoue, mon amitié pour toi s' est muée en Amour même si je sais que pour beaucoup, cela semblerait impossible à concevoir.Je partage avec beaucoup de monde et ça tu le sais, mes impressions sur ce que nous sommes en train de vivre toi et moi.J' ai mis de coté mes soucis qui n' en sont pas vraiment lorsque je réalise ceux auxquels tu dois faire face à chaque instant.Tu parais parfois très lucide sur ta condition de jeune femme malade quand à d' autres moments tu sembles ne pas réaliser, et cela arrive de plus en plus fréquemment, l' importance d' être attentive à tout ce qui pourrait aider ton corps à lutter contre ce cancer qui est entré dans ta vie sans y avoir été invité.Aujourd' Hui, j' ai découvert que le cercle de ceux qui te soutiennent s' est encore agrandit.Je sais aussi qu' une femme partage avec toi les mêmes souffrances.Pourra-t-elle mieux que moi te faire comprendre que de subir tout ces examens qui te torturent l' esprit et le corps est un passage obligé pour que ta guérison ai une chance d' aboutir? Car moi vois-tu, depuis le début, et je ne sais pas si cela est dû au fait de ne pas concevoir qu' un jour tu pourrais nous quitter tous, je suis convaincu, je SAIS que tu vas guérir...Alors, s' il te plait, donne toi les moyens d' y parvenir.Tu le dois pour ceux qui t' aiment et te soutiennent bien sur, et c' est même la seule chose que tu doives aux autres, mais d' abord, tu le dois pour toi.Si tu veux vivre longtemps encore, et retrouver tout ce qui faisait de toi une jeune fille tout à fait normale avant, tu dois accepter de te battre jusqu' au bout....

Je sais aussi que quelque chose te fait peur.Peut-être au delà de ta maladie même qui peut-être s' est développée finalement à cause de ces peurs que tu as enfouies dans ton subconscient.Un peu comme si ton corps exprimait ton mal être.Tu n' es pourtant pas seule, tu le sais, et même si la virtualité de notre relation peut sembler choquante pour certains, nous savons toi et moi que ce que nous ressentons l' un pour l' autre est bien réel..."

# Posté le samedi 30 septembre 2006 09:12

10

10
Je constate avec amertume que, quel que soit l' endroit ou je me pose dans cette immense pièce, le bruit qui martèle mes tympans ne diminue pas mais n' augmente pas non plus, comme s' il avait envahi ce lieu incroyablement spacieux, comme si un être se jouait de moi en se cachant dans des recoins sombres.D' ailleurs, de coins sombres, j' ai beau chercher, regarder à droite, à gauche, en haut et sur le sol, toute la surface de cette "grotte" parait parfaitement plane, sans la moindre aspérité et par conséquent, exsangue d' éventuels coins d' ombre....

Et toujours ces tubes qui empêchent à ce lieu de connaître une homogénéité parfaite...Ils me rappellent ce vieux film d' un cinéaste de génie dont j' ai oublié le nom et qui fantasmait un monde organisé de façon anarchique tout en étant un "modèle" d' ordre...A bien y regarder, d' étranges petits objets circulent à l' intérieur, accompagnés de murmures, de chuchotements bien trop faibles pour mes oreilles qui peu à peu s' habituent à celui bien plus fort de ce "coeur" qui se cache derrière les parois maintenant j' en suis sûr...Une connexion semble s' être opérée entre chacun de ces tubes aux parois transparente depuis que j' ai fais mon apparition.Alors, un sentiment de malaise engourdit mes membres et serre ma gorge.....

Celui d' être épié, surveillé, analysé.Qui sait, la finalité de cette histoire serait-elle peut-être que je termine ingurgité, digéré, évacué, dispersé...


FLASH:

Que me veut-elle? Je lui ai pourtant signifié que je ne voulais plus entendre parler d' elle.Elle m' a trompé, m' a menti depuis tant de temps que j' ai oublié même jusqu' à ce jour ou j' ai fais sa connaissance...Et maintenant là voilà qui revient prendre de
mes nouvelles?A-t-elle peur des conséquences qu' auraient pu engendrer sa machiavélique machination maintenant qu' elle a été mise à nu ? Vient-elle aux nouvelles pour s' assurer que moi, ou tout ceux qu'elle a manipulé ne vont pas entreprendre une action contre elle?

Je commence alors à comprendre...

"Tu désires conserver ton indépendance alors pourquoi me demandes-tu sans cesse l' autorisation de faire telle ou telle chose? Tu sais, maintenant, cela fait deux mois que toi et moi nous nous sommes rencontrés par l' entremise de MB et il m' arrive de me poser la question de savoir si vraiment c' est d' un amour que tu désire connaître avec moi ou si tu vois en moi celui qui pourrait remplacer ton père..."

# Posté le dimanche 01 octobre 2006 23:16